‘A’A’ Presents LafargeHolcim Awards Prize Winners | Next Generation

Vous avez déploré que la réflexion sur la durabilité se limite aux enjeux des émissions de CO 2 ? La nouvelle génération d’architectes veut pouvoir être fière de son travail. Pour eux, la reconnaissance importe donc plus que l’argent – la consécration ultime étant celle des réseaux sociaux. Quand ils construisent des bâtiments qui ont un impact négatif ou des structures qui ne sont pas durables, ils n’en sont pas fiers. D’un autre côté, le nouveau paradigme accorde une importance bien plus grande aux architectes. Avant, leur seul souci était de concevoir de beaux ouvrages. À présent, ils s’intéressent davantage à l’aspect holistique de ces derniers, ou à leur beauté holistique, si vous préférez. Une création n’est pas belle si elle est toxique ni si elle génère des déchets. Je surnomme ces jeunes architectes la «génération selfie», parce qu’ils veulent tirer une certaine fierté de leur travail. Je les trouve un peu trop narcissiques, mais ce n’est pas grave, car c’est une attitude bénéfique. Les architectes de ma génération construisent des choses en se fondant sur des principes moraux, sur un sentiment de responsabilité. Mais les beaux idéaux ne font pas long feu quand vous êtes soumis à un certain stress, croyez-moi ! Ils ne sont jamais là quand on a vraiment besoin d’eux. C’est la raison pour laquelle cette génération accorde une telle importance à l’aspect holistique, à la beauté holistique. C’est une bonne chose, puisque c’est une assise bien plus stable que ce comportement fondé sur des principes éthiques et moraux qui disparaissent au moindre stress. Voilà pourquoi je suis extrêmement satisfait de cette nouvelle génération d’architectes et de designers. Quel est le rôle de la chimie et des nouveaux matériaux dans la construction durable et la réduction de la consommation de carbone ? Il existe par exemple 300 additifs qui peuvent être utilisés dans le béton; 200 d’entre eux sont vraiment très mauvais pour l’environnement, comme les émulsifiants ou les adjuvants jouant sur la porosité du béton. Ils n’ont jamais été conçus pour être sains : ils sont purement fonctionnels. À cet égard, le débat se focalise un peu trop sur la question du carbone. On construit sans même se demander au préalable ce qu’est un air «sain». La qualité de l’air à l’intérieur des bâtiments est environ trois à huit fois plus mauvaise que celle de l’air extérieur en milieu urbain. Il faut définir la notion d’«air sain» avant de se demander : «comment réduire l’empreindre carbone?» Nous devrions tirer pleinement parti du carbone au lieu de le réduire; le carbone rejeté dans l’atmosphère n’est tout simplement pas à sa place. Nous devons trouver une alternative au bilan carbone neutre et cesser de semer la panique. La panique n’est jamais féconde. Même l’objectif de 1,5 °C ne sauvera pas la planète. Nous assistons actuellement à la disparition du pergélisol. À la fonte des glaciers. À la fonte de la calotte glaciaire. C’est maintenant qu’il faut agir, en proposant un objectif complètement différent. Il faut décréter qu’en 2100, nous aurons le même taux de CO 2 dans l’atmosphère qu’en 1900. Nous devons donc impérativement l’éliminer efficacement de l’air. De fait, l’industrie du bâtiment a tant à faire; tant d’opportunités s’offrent à elle. La solution n’est pas de minimiser, de réduire, d’éviter. Ni de soulager un quelconque sentiment de culpabilité. Ce qui importe avant tout, c’est que le carbone retourne dans les sols. Nous devons ainsi commencer par trouver des terres arables. Bien sûr, il faudra ensuite développer de nouvelles technologies. Nous pouvons utiliser le CO 2 pour lier le béton, afin de l’absorber efficacement. Ce béton sera d’ailleurs bien plus stable et plus solide. L’innovation a de beaux jours devant elle, mais il nous faut un objectif positif, qui ne se limite pas à minimiser ou à réduire. Les jeunes veulent faire partie d’un programme qui a un impact positif, pas d’un programme moins mauvais. Je veux que vous encouragiez la nouvelle génération à étudier la science des matériaux et la chimie. Devenir banquier n’a plus rien de glamour ! Nous avons donc besoin que les jeunes les plus brillants deviennent des spécialistes des matériaux. « Que les jeunes les plus brillants deviennent des spécialistes des matériaux ! » — Academic Chair Cradle-to-Cradle for Innovation and Quality at Erasmus University, Rotterdam, Netherlands. Recipient of the LafargeHolcim Foundation Catalyst Award LAFARGEHOLCIM AWARDS NEXT GENERATION

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